La photo ! Les conséquences d'une photo à Bukavu... |
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Aujourd’hui, mes collègues le confirment : je suis enfin baptisé ! Non pas religieusement mais « journalistiquement ». Une grande manifestation s’est produite dans les rues de Bukavu pour la Journée internationale de la Femme.
Un événement à ne surtout pas manquer et une occasion en or de récolter de belles images. Mais peut-être aurais-je dû m’abstenir… Des agents nationaux des renseignements - ANR, m’ont interpelé dans la rue alors que je filmais la parade. Ils m’ont demandé de les suivre jusqu’à leur bureau. Une fois arrivé là-bas, ils m’ont prié d’éteindre mon téléphone. C’est alors que j’apprends la nécessité d’avoir une autorisation pour utiliser ma caméra. Ma carte de presse ne suffisait pas. Apparemment, je devais aussi me faire identifier dans leur service dès mon arrivée à Bukavu. Le visa ne suffirait pas... Personne ne m’avait averti de cela à l’ambassade du Congo à Bruxelles. Comment puis-je le deviner si personne ne me met au courant ? Je passe donc à l’identification. Le fonctionnaire m’annonce que je dois payer 25 dollars. Je n’avais pas d’argent sur moi. Ensuite, il me dit que je dois aussi payer 75 dollars pour avoir l’autorisation de filmer. Je voulais appeler le responsable des 3TAMIS mais les agents m’ont d’abord fait patienter sous leur surveillance. Ils m’ont dit que si je ne pouvais pas payer, ils pouvaient me garder toute la nuit. Raison pour laquelle je souhaitais appeler Franck, coordinateur de 3TAMIS. Ils m’ont permis de l’appeler une heure plus tard. Du coup, il est arrivé à ma rescousse et a négocié avec les agents. Ils m’ont laissé repartir mais ont confisqué ma caméra et mes appareils photo. Je devais repasser le lundi avec l’argent afin de les récupérer. C’est donc ce jour-là, après avoir payé 75 dollars, que j’ai reçu l’autorisation de filmer et cela pendant un mois seulement… Je leur ai demandé une facture ou un reçu pour justifier cette dépense. Ils ne délivrent malheureusement pas ce genre de documents, m’a-t-on dit… Après cette expérience, il était intéressant de me renseigner sur le cadre légal de la prise d’image en RDC. C’est dans cet esprit que j’ai interviewé monsieur Kizito Mushizi, Président provincial de l’UNPC (Union nationale de la presse congolaise) et directeur de la Radio Maendeleo. « Pour les journalistes, légalement, il faut avoir son accréditation que l’on peut obtenir au ministère de l’information, et des médias. Au niveau national, on peut l’avoir à Kinshasa. Si, en province, le ministère n’existe pas, on peut l’obtenir à la Division provinciale de la presse et communication. Mais donc, à ma connaissance, seule cette accréditation est payante ». Alors me concernant, je dépends de 3TAMIS et donc de leur autorisation de prendre des images. J’ai d’ailleurs reçu ma carte de presse vu l’accord signé dans ma convention de stage. Pour les journalistes professionnels étrangers : « Ils peuvent obtenir l’accréditation à leur arrivée au Congo. S’ils débarquent à Kinshasa, ils auront l’accréditation au ministère national de l’information. S’ils viennent par les provinces, ils iront au ministère provincial. Il y a un tarif officiel et je crois que ces différents ministères ont des tarifs qu’ils appliquent selon la catégorie de reportage que le journaliste veut réaliser ». Mais qu’en est-il pour les touristes (ce que je suis en dehors des heures de travail) ? « Les touristes n’ont pas besoin d’accréditation journalistique vu qu’ils ne sont pas journalistes. Mais ils doivent se signaler au service habilité et donc se rendre à l’ANR (Agence nationale des Renseignements) pour demander l’autorisation de prendre telle ou telle image. Il ne faut pas se rendre au service d’immigration puisque vous avez votre visa. Et à ma connaissance, il n’y a aucun coût pour cela. En tous cas, je n’ai jamais vu de textes » me confirme monsieur Kizito Mushizi. Mais comment un touriste peut-il deviner qu’il doit se présenter à ce service de renseignements ? « On aurait dû le lui dire, si les services sont cohérents, dès son entrée en République démocratique du Congo ». Or, je n’ai guère été informé de cela à mon arrivée. Selon les explications données à Franck Mweze par les agents de l’ANR, les touristes et autres visiteurs sont signalés par les hôtels et maisons d’hébergement qui envoient les éléments d’identité, objet et durée de visite auprès de l’ANR parce qu’ils y remplissent un bulletin d’information pour l’ANR. Il appartenait à mon hébergeant de me faire enregistrer au lendemain de mon arrivée. J’essaie de comprendre, après toutes ces explications, les raisons de toute cette histoire. La République démocratique du Congo est un pays en guerre, encore et toujours (quoi qu’en dise les médias de Kinshasa et d’ailleurs…). Mais les conséquences de cette haute surveillance de la part des agents m’attristent. Non seulement pour la facilitation du travail des journalistes étrangers ou autochtones (pourtant la liberté de presse est assurée par la Constitution) mais aussi pour le bien-être des touristes. Cependant, une fois toutes ces formalités remplies, les visiteurs seraient libres de circuler et agir à toute aise dans leurs missions.Tous mes collègues, alors qu’ils sont nés et vivent à Bukavu, ont eu droit de goûter à la « gentillesse » de ces agents. Le journalisme est un secteur qui incite à la méfiance chez beaucoup. En effet, le journaliste rapporte l’information en fonction de sa sensibilité et sa provenance, même s’il doit privilégier les faits par rapport aux commentaires (opinions). La population s’inquiète de la véracité des informations véhiculées par les médias et sont donc perplexes quant à l’honnêteté des journalistes. Imaginez alors ce qu’il en est pour le journaliste étranger qu’il soit Muzungu (blanc) ou asiatique. J’ai déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, de recevoir des remarques de la part de monsieur ou madame Tout-le-monde parce que je prenais une simple photo. « Que fais-tu là ? Tu veux montrer la saleté et la pauvreté de notre pays chez toi ? ». D’un certain côté, je leur donne raison. Rares sont les bonnes nouvelles ou les belles images que l’on reçoit de la RDC. Mais, en quoi prendre une photo du magnifique lac Kivu est-il un problème ? J’admets qu’il est important de respecter la réglementation sur l’interdiction de filmer ou photographier les camps militaires, les installations portuaires et frontalières ou la villa présidentielle (quoiqu’en Belgique, les touristes peuvent tirer des clichés du palais royal sans être ennuyés ou sans devoir payer quoi que ce soit). Car c’est une question de sécurité et de protection du territoire. Quoi que… Aujourd’hui avec Google earth, il est possible d’avoir une image de très bonne qualité sur ces installations « stratégiques »… N’importe qui serait dans l’intention d’attenter à la sécurité du pays, peut obtenir un plan des installations sans même se déplacer à Bukavu !
La raison de l’intervention des services de l’Etat pourrait aussi provenir de l’absence de revenus qui leur permettent de vivre dans la diginité, l’Etat ne leur accordant un salaire insuffisant et irrégulier... Article 15. Comment le leur reprocher ? Mais tous ne sont pas des espions et des chercheurs d’horreurs. Si l’objectif est de redorer le blason de ce pays, pourquoi devoir payer ? Il s’agit d’un type service, non ? Il existe quand même des médias et des journalistes qui désirent transmettre des bonnes nouvelles. Ce problème se transpose aussi pour le tourisme. Même si je suis venu ici pour un stage, je peux profiter de ces paysages, de la nourriture, de la culture comme n’importe quel touriste. J’imagine un couple avec l’intention de passer des vacances au Kivu ou pour un voyage de noces. Ils veulent prendre du plaisir. Ils veulent découvrir. Par conséquent, ils dépenseront de l’argent (ce qui fera aussi tourner la machine économique). Qu’en serait il si le premier groupe de touristes, issu de l’initiative « Voyage solidaires » prévu en juillet 2009, soit confronté à ce problème et de perdre du temps et de l’argent à des formalités d’une autre époque ? Quel accueil réservé à des personnes qui ont décidé d’encourager toutes les initiatives de paix et découvrir les beautés des pays des grands lacs. Comment se fait-il que dans les pays voisins, le Burundi, le Rwanda, il ne soit pas nécessaire de procéder à ces formalités inutiles ? Bukavu conserve des endroits magnifiques qu’il est encore possible de découvrir que ce soit son lac, ses jardins souvent privés, et les beautés de la culture congolaise.
Il faudrait pouvoir en profiter tranquillement, ramener de belles images dans nos maisons, et inciter les médias à proposer à leur tour autre chose que les violences sous toutes ses formes. Tout le monde y gagnerait. Mathias Pollet, stagiaire HELHA - Tournai à 3TAMIS |
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